ACCUEIL Rap and Revenge / Interview Novembre 2009


                         













Interview Novembre 2009


Peux-tu te présenter ? Quels ont-été tes débuts dans le rap ?
« Mon pseudo c’est VII. J’ai commencé à rapper en 1995 avec Âme, un ami qui est maintenant graphiste, qui a réalisé les pochettes de Sonatine musique et qui réalise également nos clips. J’ai sorti mon premier album Lettre Morte en 2007 sous le label Sonatine musique. Puis j’ai enchaîné assez vite avec Les Jardins Macabres… A peu prés 6 mois plus tard. Ensuite, il y a eu Le Sang des Innocents avec Littledemo. Et en décembre, je sors un nouvel album qui s’intitule Le Grand Chaos. Sur tous les albums, je suis à la fois rappeur et beatmaker. »

Pourquoi avoir choisi « VII » comme pseudonyme ?
« C’est par rapport à l’apocalypse selon Saint Jean, un chapitre de la bible dans lequel le chiffre sept revient très souvent : les sept sceaux, les sept couronnes, les sept têtes… Etc. C’est un chapitre que j’aime bien et qui est essentiellement basé sur ce chiffre. J’ai donc décidé de m’appeler comme ça et pour y donner un peu d’originalité j’ai pensé à l’écrire en chiffre romain. Si tu fais bien attention, dans tous mes albums et dans certaines de mes chansons, je fais souvent référence à la bible et à la religion. »

Quelles sont tes références et tes influences musicales ?
« J’ai commencé à écouter du rap à l’âge de 10/11 ans, dans les années 90. J’écoutais des cassettes de Public Enemy, Ice Cube… Etc. Plus tard, dans les années 93/94, c’était des cassettes de Nas, Mobb Deep, Wu-tang… J’écoutais surtout du rap américain et aussi un peu de rap français. A partir de la fin des années 90' j'ai trouvé que le rap avait changé. Les clips étaient différents : on voyait les mecs dans des boites de nuits plutôt que dans les décharges ou dans les rues. Ça me plaisait déjà moins. J’ai aussi toute une influence rock. Tout petit déjà, j’avais pas mal de cassettes de Heavy Metal. De plus ma mère écoutait pas mal de sons comme Deep Purple, Alice Cooper… etc., et puis elle côtoyait des musiciens donc elle connaissait un peu le milieu. Mes influences rock sont  : Anthrax, Slayer, Megadeth, Metallica, Obituary… J’écoute un peu de punk aussi, de la musique classique et des BO de films. Mais ce que j’écoute essentiellement c’est du rap et du Metal.

Peux-tu me parler de ton label ?
« Mon label c’est Rap and Revenge. C’est en rapport avec un style de film gore et particulier que l’on nomme « Rape and Revenge » ce qui signifie « viol et revanche ». C’est un jeu de mots, on a remplacé « Rape » par « Rap ». Mais avant cela, on avait fondé Sonatine musique. On était cinq à la base : Dajoan Melancolia, Âme, 2FCH, moi et Fayçal. Sous ce label on a sorti 4 albums puis avec 2FCH on a crée Rap and Revenge à la sortie de l’album Les Jardins Macabres par rapport aux points de désaccords que l’on pouvait avoir au sein de Sonatine musique, et puis parce qu’on voulait donner une caractéristique plus gore à nos projets de création. On a donc décidé de changer de blaze et de logo dans le but de créer quelque chose de bien plus dur, de plus brutal. As-tu des références autres que musicales (littéraires, cinématographiques… Etc.) qui peuvent être une source d’inspiration pour tes textes ? « Au niveau de la littérature, ce sont tous les auteurs de l’Est : Kafka, Dostoïevski, Tolstoï… Ainsi que des auteurs américains comme Steinbeck. Au niveau cinématographique, c’est le cinéma gore que j’aime en premier lieu et ça depuis mon enfance, avec les « bis italiens » des années 70  : tous les films de cannibales, de Joe D’Amato, Umberto Lenzi, les giallo… Ce sont des films dépravés et gores, mais c’est ça qui m’intéresse le plus dans le cinéma. Après, j’aime aussi d’autres films qui ne sont pas forcément violents, le cinéma japonais ou bien russe avec les films de Tarkovski par exemple. »

Comment travailles-tu tes textes et tes sons ?
« Au niveau des sons, je travaille avec une MPC. Je ne relis pas ça en logiciel car je trouve que ça en dégrade le son. Donc je bosse directement sur MPC et clavier. Je sample essentiellement des BO de films d’horreur, du rock psychédélique (tout ce qui va des années 60 aux années 80), ainsi que du métal plutôt mélodique. Je crée mon son dans le but de mettre mon texte en valeur. Les instrus que je crée sont assez simples, dépouillées et crades. Au niveau des textes ça dépend… J’essaie parfois d’écrire en fonction d’un son que j’aime bien, ou alors je décide de partir sur un thème que je veux absolument aborder et ensuite j’essaie de trouver l’instru qui le mettra le mieux en valeur. Je mets énormément de temps à écrire car je suis très pointilleux. Je fais vraiment attention à ce que je raconte et à la manière dont je le tourne. J’essaie de faire ça bien et précisément. Pour moi le plus important pour bosser un album c’est la simplicité. Sinon ça part dans tous les sens et je n’aime pas ça. J’aime la simplicité d’un rap classique, bien lourd, sombre et qui frappe bien fort. C’est cela que j’aime retrouver dans mes albums et dans ce que j’écoute. Après, en ce qui concerne les textes, ça reste des thèmes dans mon esprit : morbides, brutales, violents… Avec beaucoup de références au cinéma gore, au métal… à tout ce qui est trash et dégueulasse (rires). Tout ce que ta belle-mère n’a pas envi d’entendre (rires) ! » 

D’où te vient cette attirance pour l’ultra violence ?
« J’ai toujours eu cette fascination pour tout ce qui est monstre, lugubre, ambiances glauques… Tout ce qui te fout la trouille quand tu es petit en fait ! Mais ce genre de choses on a beaucoup de mal à le retrouver quand on est adulte. Maintenant quand je regarde un film gore je n’ai plus peur. Alors j’essaie de retrouver ça dans ma musique, dans la musique que j’écoute, dans ce que je regarde et ce que je lis. En fait, le thème principal de mes disques c’est la mort. Pourtant ce n’est pas quelque chose qui me fait particulièrement flipper. Je trouve juste fascinant tout ce qui peut y avoir derrière tout ça, derrière la fin. »

Comment as-tu travaillé tes différents albums ?
« Avec Lettre Morte, je suis parti dans l’optique de rassembler tout ce que j’avais réalisé depuis mes débuts dans le rap : de 95/96 à 2007. Il y a tout un côté rue, tout un côté quotidien dans cet album. Il parle de ce que les gens comme moi peuvent vivre. C’est un univers assez commun. Du coup, les gens se sont beaucoup identifiés à Lettre Morte. Les Jardins Macabres est totalement différent  : il est brutal du début jusqu’à la fin. C’est la raison pour laquelle il est moins facile d’accès pour le grand public et même pour les amateurs de rap. Certains ont aimé spécialement parce qu’ils aiment le rap morbide. Le Sang des Innocents fait directement référence au cinéma gore. Je l’ai réalisé avec un mec de Toulouse (Littledemo) avec qui je partageais la même passion. On a réuni tout ce qui faisait référence au Metal, au cinéma gore, au gangsta rap et au rap hardcore. Et on a réussi à en créer une bonne ambiance. C’était un projet très cinématographique. Le prochain album ressemblera plus à ce que j’ai déjà réalisé dans Lettre Morte avec des textes portant sur le quotidien et la vie de tous les jours ainsi que des sons plus violents comme Appartement 42 ou La Chambre des tourments. Cette méthode, cette logique je la garderai toujours : c’est une variante entre moi, ma réalité et le gore. Le mélange de tout cela, ça donne mes albums et mon univers à moi. »

Tu fais souvent référence aux sérial-killers dans tes chansons, sont-ils une source d’inspiration pour toi ?
« Oui bien sûr car le thème principal de mes albums c’est la mort. Qu’est-ce qu’il y a de plus morbide qu’un tueur en série ?... Quelqu’un qui donne la mort sans réfléchir, seulement par pulsion et par égoïsme… Un sérial-killer ne pense qu’à lui-même et ne prend pas en compte la douleur et la souffrance d’autrui. Il ne prend en compte que sa propre jouissance. C’est un peu ce qu’il y a de pire chez l’être humain et c’est de cela dont je me sers. Le cas de Charles Manson, par exemple, est intéressant : parcourir les quartiers riches avec des marginaux dans le but de tuer des stars du cinéma et des riches tout en faisant accuser des militants noirs afin de déclencher une guerre raciale, de créer l’apocalypse et de révéler au monde qu’il est Jésus-Christ… Qu’il le veuille ou non ça l’a totalement dépassé ! Mais ce qui m’intéresse ce n’est pas seulement lui qui était un mec paumé, un musicien raté et qui a des idées qui ne sont finalement pas les miennes. Ce qui m’intéresse c’est le décalage total entre ce mec là, la conscience qu’il a du monde, et la réalité. Charles Manson t’explique encore aujourd’hui que s’il n’était pas en prison il aurait pu diriger le monde, et que les Beatles ont tout pompé sur lui… C’est de la folie ! Et c’est ça qu’il y a de fascinant en lui. Mais il faut savoir que ces mecs sont loin d’être mes idoles. Ils ne sont même pas respectables pour moi. Je ne suis pas provocateur au point de dire  : « Lui c’est un putain de génie respecte le ! »… Non ! C’est un paumé. Ce sont des mecs complètement tarés  !... Mais ils sont marrants, ils sont tripants (rire). »

Dans l’album de 2FCH (Saison Grise), tu as réalisé une chanson qui s’intitule Appel au meurtre dans laquelle tu t’attaques à Laurent Bouneau. Pourquoi cette réticence envers la radio Skyrock ?
« En effet je parle de Laurent Bouneau mais à travers lui je m’attaque à quelque chose de bien plus large. Lui je ne le connais pas et je m’en tape ! Mais plus largement, c’est une manière de tuer tout le rap commercial qu’il soit diffusé sur Skyrock ou non car il y a beaucoup de MC qui font du rap commercial, mais ils sont tellement nuls qu’ils n’arrivent même pas à être diffusés sur une radio. Certains essaient de se faire valoir en tant que rappeurs hardcores indépendants… etc. Mais bon ils te diront : « N’écoutes pas la 15 sur mon album, c’est un son que j’ai fait pour les meufs »… Que l’on vienne chercher sur mes albums quel morceau est fait pour ma petite copine, pour ci ou pour ça ! Aucun de mes titres n’est fait pour passer en radio, j’en ai conscience et c’est volontaire ! Les mecs bizarrement se prennent pour des rappeurs hardcores mais dés qu’ils sortent un clip c’est généralement sur leur morceau le plus doux. C’est dû au fait qu’ils cherchent à faire de l’argent, c’est une façon de se vendre. Appel au meurtre est un morceau contre Skyrock et tout ce que cette radio représente. En même temps, toutes les radios fonctionnent plus ou moins de la même façon. »

A Bordeaux, la plupart des rappeurs sont peu connus, voire inconnus du public français. Comment expliques-tu cela ? Est-ce que ça tend à évoluer selon toi ?
« Déjà il n’y a pas un style bordelais contrairement à Marseille. Il y a énormément de rappeurs ici (certains sont bons d’ailleurs). Le problème c’est aussi le rapport qu’entretient la province avec l’industrie du disque. On n’a pas facilement accès aux médias, rien n’est facile quand on fait de la musique en province. Ce n’est pas comme à Paris où c’est beaucoup plus accessible. Je ne pense pas que ça soit évident de percer quand on vient de Bordeaux, mais c’est encore plus dur lorsque l’on vient d’un petit village. Si tu viens de la campagne et que tu fais du rap, on se fou de toi. Après je ne suis pas non plus pour qu’il y ait des rappeurs comme Kamini… Mais bon c’est aussi intéressant d’avoir autre chose. C’est la raison pour laquelle j’ai tripé sur un morceau comme Cannibalis car ça faisait très pecno comme rap : des personnes très consanguines qui se mettent à se manger entre elles et à parler de recettes cannibales. Lorsque l’on écoute cette chanson, on se rend compte qu’elle n’a aucun rapport avec aucune autre chanson de l’histoire du rap. En France, aucun rappeur n’a parlé de recettes de cuisine cannibale. Et c’est cela qui nous a intéressé, avec ce côté un peu pecno de la campagne car c’est comme ça que l’on est considéré à Paris. Lorsque je suis arrivé à Bordeaux, c’est comme ça que j’étais considéré (et c'est toujours le cas). Le pire ennemi du rap ce sont les clichés. »