Interview 2FCH


Peux-tu nous parler des différents projets sur lesquels tu as travaillé en tant que beatmaker ?
Si je voulais faire simple, je te dirais que j'ai participé à tous les albums sortis chez Sonatine Musique et Rap and revenge, mais à mes yeux c'est plus compliqué que ça. Disons que j'ai fais mes armes sur le premier Faycal, le premier Dajoan et le premier VII, ensuite j'ai commencé à trouver mon style sur Saison grise,  c'est à partir de ce moment que je me suis vraiment considéré comme un beatmaker à part entiere. Sur les trois albums qui ont suivis (Les jardins macabres, Le sang des innocents, Le grand chaos) je pense vraiment avoir paufiné mon style, ma méthode de travail , et du coup le résultat me semble plus que satisfaisant. Plus récemment, il y a aussi eu le deuxieme album de Fayçal, Secrets de l'oubli, où avec VII on a produit la totalité des beats; et pour finir un album enregistré il y à déja un moment mais qui sort ce mois ci Nostalzik, le deuxieme album de Baccarat . Chaque album a eu son importance, ils m'ont permis de progresser, même si aujourd'hui certains me parraissent fades et moins abouti que d'autres...

Avec le recul comment perçois-tu la compilation Saison Grise que tu as produit en 2008 ?
Je pense que cette compil' est bonne dans l'ensemble; après, l'univers que je voulais créer n'est pas exactement là à l'arrivée; il y a un côté trop aseptisé qui me dérange; On a pas réussi à gérer ca. On me dit souvent que cette compil' reflète la diversité des artistes de chez Sonatine... J'approuve, mais dans ma vision du truc j'étais déjà dans le délire Rap and revenge, donc il a fallu composer. Grâce à des morceaux comme Cet automne, Personne n'en sortira vivant, ou Esclave de satan, on ressent bien l'univers morbide et sombre qui nous caractérisera plus tard lors de l'élaboration des divers albums de VII. Je trouve aussi trés réussi les morceaux de 16 ainsi que celui de Littledemo. Pour être franc, je trouve que 2 morceaux ne sont pas au point du tout: Vents et marées et L'état des âmes; Parfois l'alchimie entre le son  le rappeur ne fonctionne pas! Je trouve que Saison grise reste un bon album, qui est quelque part le point final à l'aventure Sonatine. Je reconnais avoir manqué de maturité et d'investissement. Si je sortais un projet aujourd'hui, les choses seraient differentes, il y aurait moins de rappeurs, que des mc's aux lyrics torturés façon Rap and revenge, et surtout des beats plus aboutis et barrés! En attendant de trouver ces mc's, je mets parfois quelques beats de côté, au cas où.

As-tu cherché à faire poser des grands noms du rap français ou internationnal ? Ou alors ton statut de « petit » beatmaker indépendant te suffit-t-il ?
Je n'ai jamais cherché à faire poser qui que se soit d'exterieur au label, national ou international, et encore moins des "célébrités". Je m'en branle totalement, nous on bosse en cercle fermé, on essaie de créer notre propre musique, donc aller sucer des américains pour se mettre en valeur, ce n'est pas mon genre! Il y a vraiment des artistes indé americain qui m'inspirent chaque jour mais jamais j'irai leur demander quoi que se soit! A la fin des concerts y a pas plus pathetiques que l'armee de groupies qui essaient de gratter des featurings! Mon statut de beatmaker independant me suffit largement; faut vraiment te dire que déjà pouvoir sortir autant de disques c'est vraiment une fierté. On est parti de zéro, on s'est vraiment torturé l'esprit pour  pouvoir comprendre, analyser comment fonctionne un label, être le plus productif possible en composant avec les modes de vies de chacun, et au final on y arrive. Sans prétentions, je pense que quelques mecs sur Bordeaux ont pris exemple sur notre mode de fonctionnement pour exister eux aussi, et rien que ça c'est positif.

Comment te situes-tu par rapport au rap actuel ?
Si lorsque tu me parles de rap actuel tu fais reference au talent de T pain, Lil Wayne et tous les mecs dans le genre je te dirais que j'ai envie de vomir! Comme le dis VII dans Le brouillard, pour nous l'électro c'est le cancer du rap! je hais ce rap actuel avec toutes ces voix vocodées, c'est délires bling bling. Je ne considère même pas ça comme du rap! Pour moi le rap c'est des groupes qui s'inspirent de la bonne epoque, comme Jedi minds tricks, Non phixion, Psycho-logical, et pleins d autres. Je suis un putain de nostalgique du rap des années 90, et je pense que je suis assez sectaire niveau musique. J'écoute quasimment que du rap américain dans cette veine, un peu de hard rock, de musiques de films, et malheureusement presque plus de rap francais.

Qu'est-ce qui t'inspire au niveau de la production ? Comment définirais-tu le style 2FCH ?
Comme je te le disais, l'inspiration vient tout d'abord de l'univers de certains groupes indé américains, j'écoute environ huit heures de rap par jour, je me nourris de ça; après je me matte quelques films, gore ou pas, selon l'humeur, et me voilà prêt pour produire un beat! Mes inspirations viennent plus précisemment des B.O de films, de certains groupes de hard rock ou rock psyché de l'époque, et parfois musique classique aussi. Si je devais définir mon style, je dirais minimaliste, mélodieu, rugueux...

Justement que réponds-tu aux gens qui trouvent vos albums musicalement pauvres ou qui vous reproche de toujours faire la même chose ?
Aux gens qui trouvent que notre style est pauvre et répétitif je leur dirais que c'est l'essence même du rap! On n'est pas des musiciens avec des instruments, on sample, on cherche des beats qui claquent, des mélodies qui accrochent à l'oreille, qui marquent. J'ai rien contre les beatmakers qui superposent pleins de samples, qui composent etc... nous c'est pas notre truc; je laisse ça à d'autres, ils le font sûrement mieux que moi. Mes albums réferences sont des albums entièrement produits à base de samples, où le mc est à l'aise sur le beat, Le beatmaker a prit une place trop importante aujourd'hui dans le rap. Il faut quand même remettre les choses à leur place, le travail d'écriture est beaucoup plus fastidieux que celui d'un beatmaker.

Pourquoi cette transition de Sonatine Musique à Rap and revenge ?
En premier lieu, il y avait des differences de rythme de travail, et aussi d'investissement qui ont fait que s'était plus possible. Artistiquement le fossé s'est creusé entre les artistes. Certains n'assumaient pas le côté gore, d'autres avaient envie d'avancer seul, à leur rythme. Des mecs comme Dajoan Mélancolia continuent de soutenir nos projets, c'est avant tout un pote, un mec de confiance, d'autre font leur chemin en faisant abstraction des « années Sonatine »... Je pense que chez Rap and revenge on a trouvé un bon système de fonctionnement, c'est le noyau dur des débuts, VII, Ame, et moi, on se connait vraiment bien, on sait comment chacun travaille, y a un respect et une confiance mutuelle!

Ton rôle dans Rap and Revenge est-il seulement de produire des beats, ou alors es-tu investi dans d'autres domaines au sein du label ?
On a tous de mutiples casquettes. VII est rappeur, beatmaker, il gère aussi une partie de l'administratif, ainsi que la partie promo (avec Cassandre). Ame s'occupe du graphisme, pochettes d'albums, et réalisation de clips. Moi je fais des beats, et je gère aussi une partie adminisative du label,une partie street marketing, mais aussi tout ce qui est relation externe avec les shops... Faut pas aussi oublier quelques personnes, comme Drago, qui nous aident au quotidien au niveau promo, ventes de cd, etc... On sent que votre label est très fermé, presque secret.

Pourquoi si peu travailler avec des gens extérieurs ?
Le label est en effet très fermé, en ce qui me concerne cela me va très bien. On a parfois essayé de s'ouvrir, de bosser avec des mecs extérieurs mais ça c'est souvent mal passé, voire mal terminé. Faudrait vraiment un putain de coup de coeur pour que j'accepte de bosser avec des mecs extérieurs au label. On a un univers bien spécifique que les autres ont du mal à capter, sauf les initiés aux films gores, aux serials killers, au métal et a l'humour dixième degré! De plus, plus on est nombreux et plus c'est compliqué pour se comprendre, s'entendre! J ai un côté autiste, je reste parfois des jours chez moi à écouter du son, faire des beats, lire des trucs morbides... Mais ça, la majorité des gens n'aiment pas. C'est notre monde. On se force pas, c'est ce qui definit, l'essence même de ce label! Et puis c'est si bien de bosser dans l'ombre, tu fais ton truc dans ton coin, les gens te croient mort et voilà, un nouvel album dans les bacs!  

Tu as toi-même géré le montage et la réalisation du clip Vermine. Pourquoi avoir opter pour une succession d'extraits de films gores ?
Au final le clip paraît difficile à supporter pour les non amateurs de ce genre de cinéma... C'est une idée qui me trottait dans la tête depuis longtemps. A chaque fois que je visionnais des films gores et que des scènes extrêmes defilaient sous mes yeux, je me disais: "putain faudrait l'utiliser dans un clip!" Du coup on a maté tellement de films qu'au final y avait de quoi monter un clip de 4 minutes sans problème. Alors je me suis decidé, j'ai contacté des potes qui maitrisent les logiciels de montage, je me suis revisionné une bonne quarantaine de films et après il manquait plus qu'a faire coller les images aux lyrics de VII et de Littledemo. Ca a été un travail fastidieux mais le résultat est vraiment hardcore! Il est clair que ce clip n'est vraiment pas accessible à beaucoup de personnes, mais après tout faut bien se faire plaisir de temps en temps. Nous on adore! D'ailleurs après ça, des fans ont decidés d'en faire autant et de clipper 2 morceaux de VII qui sont aussi assez réussis (Personne n'en sortita vivant et Les nuits de Satan). C'est le genre de clip réalisé avec pas grand chose mais qui est efficace et marque les esprits. Parallèlement, je conseille à tout le monde de visionner le dernier clip de VII Roulette russe réalisé par Ame, là il y a vraiment un travail au niveau de l'image, de l'ambiance, un côté professionnel qui nous manquait à ce niveau. Petit à petit on arrive à combler nos lacunes et à sortir des produits finis de qualité tout en restant indépendants et avec de tout petits moyens.

Pour terminer, comment penses-tu que les choses vont évoluer pour toi dans les années à venir ?
Je veux continuer d'aider à faire tourner le label, avoir le max de beats sur les albums de VII, et j'espère un jour ressortir un projet dans le genre de Saison grise, mais sans me presser, au moment où je me sentirai mature pour faire un album avec un univers de dingue.